19/03/2010
SIMONE VEIL A L'ACADEMIE FRANCAISE.

Cérémonie émouvante ce jeudi 17 mars à l'Académie Française. Simone Veil est intronisée en présence, de Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, Valéry Giscard d'Estaing, son mari, plusieurs de ses petits-enfants, Bernard Delanoë et Frédéric Mittérand.
Elle est revêtue d'un habit vert Chanel et ceinte de son épée d'académicienne sur laquelle sont gravés son numéro de déportée, matricule 78651, la devise de la République française "Liberté, Egalité, Fraternité" et celle de l'Union européenne "Unie dans la diversité".
Elle occupe le treizième fauteuil laissé vacant par l'ancien Premier Ministre Pierre Mesmer. Un siège, comme le rappellera dans son discours Jean d'Ormesson, qui a été celui de Racine.
Comme le veut la tradition, elle fera l'éloge de son prédécesseur, Pierre Mesmer, saluant son sens du service de la nation, un héritage à méditer et à saluer. "Mon père, disparu dans l'enfer de Bergen-Belsen, quelques jours avant la libération des camps, révérait la langue française. Plus encore que je ne le suis, il serait ébloui que sa fille vienne occuper ici le fauteuil de Racine."
Avec le talent qu'on lui connaît, Jean d'Ormesson, dans son discours de bienvenue, fera le récit de la vie de Simone Veil. Il commencera par rappeler qu'elle occupe le fauteuil de Racine, ce grand poète de l'amour et récitera avec son talent habituel, des vers de Bérénice et de Phèdre.
Simone Jacob est née le 13 juillet 1927, à Nice, elle sera arrêtée le 30 mars 1944. Elle a seize ans et vient de passer son bac. Deux semaines après son arrestation, Simone, sa mère et sa soeur sont envoyés du camp de Drancy à Auschwitz-Birkenau. Un inconnu lui sauvera la vie en lui conseillant de mentir sur son âge. En se disant âgée de dix-huit ans, elle évitera l'extermination. Peu avant la libération du camp d'Auschwitz le 27 janvier 1945, les Allemands emmènent leurs prisonniers dans la marche de la mort jusqu'au camp de Bergen-Belsen où elle travaille dans la cuisine. Elle reviendra en France le 23 mai 1945. Sa mère est morte du typhus, son père et son frère ne sont jamais revenus des camps.
En 1945, elle rencontre son futur mari, Antoine Veil, pendant ses études à la faculté de droit et à l'Institut d'études politiques de Paris. Ils auront trois fils. Munie de sa licence et de son diplôme de l'IEP, elle renonce à la carrière d'avocat qu'elle avait envisagée et entre à la magistrature.
Ministre de la Santé, sous Valéry Giscard d'Estaing, elle fera adopter la loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG) qui entrera en vigueur le 17 janvier 1975. Jean d'Ormesson rappellera combien le combat qu'elle a mené a été dur, la discussion au Parlement du projet de loi, lui vaudra d'être violemment insultée.
Elle sera aussi la première présidente du Parlement européen , Ministre d'Etat, des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville dans le gouvernement Balladur, puis de 1988 à 2007, membre du Conseil Constitutionnel.
Une carrière exceptionnelle pour une femme exceptionnelle. C'est parce qu'elle était indignée des dégâts causés par les avortements clandestins, qui touchaient surtout les classes populaires, qu'elle a accepté de se battre pour que le Parlement vote la loi légalisant l'IVG. Mieux que personne, elle s'est investie dans la défense des droits des femmes. Fervente européenne, elle avait été très déçue du rejet par la France du projet de Constitution européenne.
J'ajouterai qu'elle est Présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, grand officier de la Légion d'honneur et, d'après un sondage réalisé par l'Ifop, la femme préférée des Français. Son autobiographie Une Vie a été publié en 2007.
Je voudrais aussi rendre hommage à Jean d'Ormesson. Son discours, comme il l'a dit, n'était pas facile : "à la fois trop court et trop long". Simone Veil représente pour lui, "la tradition même et la modernité incarnée" "une figure de proue en avance sur l'histoire" Il terminera par ces mots : "La clé de votre popularité (...) repose sur des principes que vous affirmez. Disons-le sans affectation : au coeur de la vie politique, vous offrez une image républicaine et morale."
Simone Veil est la sizième femme élue à l'Académie Française. Marguerite Yourcenar avait été la première en 1980. Ont suivi : Jacqueline de Romilly, Hélène Carrère d'Encausse (Secrétaire perpétuelle depuis 1999), les écrivains Florence Delay et Assie Djebar.
J'ai été fort émue par la cérémonie. Je me suis demandé comment Simone Veil avait pu supporter le rappel de son passé douloureux. L'évocation de certains souvenirs a pu lui permettre de brefs sourires.
Hier, une grande dame, qui a toute mon admiration, est devenue "Immortelle".
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12/03/2010
ARRET DE LA COUR D'APPEL DE MONS.

"La décision n'est pas facile pour l'école, qui doit revenir en arrière par rapport à la logique qu'elle avait mise en place, ni pour l'enseignante qui va devoir réintégrer un contexte qui lui était hostile avec son voile, ni pour les élèves qui se demandent dans quel jeu on joue." (Déclaration de Sarah Turine à la RTBF, ce matin).
Je me demande aussi dans quel jeu on joue. Voilà une enseignante qui refuse d'enlever son voile comme sa direction le lui demande et n'hésite pas à porter son différend devant les tribunaux.
"Dans ses attendus, la cour autorise le port de signes religieux pour les enseignants, qu'il s'agisse du foulard, de la kippa ou d'une croix, du moment que l'on ne cherche pas à imposer ses opinions."
Il faut vraiment ne rien connaître à la relation enseignant/élève pour affirmer qu'en portant le foulard, le prof ne cherche pas à imposer ses opinions !
J'imagine qu'à la question posée par un élève : "Pourquoi portez-vous le foulard islamique ?" elle ne peut que répondre : "je n'ai pas le droit de le dire." ! "Pourquoi devez-vous l'enlever ?" "Je n'ai pas le droit de le dire." "Pourquoi avez-vous fait appel à la Justice ?" "Je n'ai pas le droit de le dire." Surréaliste ? Je ne crois pas.
Qu'un professeur de l'enseignement catholique s'affirme ouvertement "athée" est impensable. Question de déontologie. A contrario, afficher ses convictions religieuses dans un enseignement neutre serait une liberté individuelle à respecter. Je ne comprends pas.
L'arrêt de la Cour d'Appel a un mérite : appeler les villes, la communauté française à légiférer enfin ! sur l'atteinte à la neutralité obligatoire dans l'enseignement officiel.
15:32 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mons, jugement, port du voile, neutralité de l'enseignement, signes religieux
09/03/2010
ELISABETH BADINTER : LE CONFLIT.

Ce dernier livre d'Elisabeth Badinter "Le conflit la femme et la mère" a provoqué une véritable polémique. J'avais écouté l'auteur dans plusieurs émissions et ce qu'elle disait ne correspondait pas du tout aux critiques émises. J'étais aussi étonnée que le principal sujet abordé par ses détracteurs soit "l'allaitement". Je me demandais pourquoi Elisabeth Badinter qui avait écrit ce très beau livre "L'amour en plus" qui traitait déjà le sujet dans une perspective historique avait pris la peine d'y revenir.
J'ai finalement décidé de lire l'ouvrage pour me faire une opinion. J'ai pu constater que l'auteur n'est, comme le disent ses détracteurs, pas contre l'allaitement mais regrette qu'il y ait de plus en plus de pressions pour que les mères allaitent et abandonnent le biberon. Impossible de vérifier puisqu'en Belgique, que je sache, le choix est toujours libre.
Le véritable problème n'est pas là. Ce que dénonce l'auteur c'est l'influence grandissante de La Leche League, mouvement venu des Etats-Unis, qui préconise l'allaitement à la demande, la prolongation jusqu'à deux, voire trois ans, prône même que le bébé dorme dans le lit de ses parents. J'ignorais ce mouvement mais j'avoue avoir été très dubitative en rencontrant, en France, des jeunes mères qui suivaient ces théories allant jusqu'à allaiter n'importe où, par exemple au cours d'un repas familial ou dans les jardins publics, affirmant qu'elles étaient décidées à allaiter jusqu'à ce que l'enfant ait deux ans, rejetant une autre alimentation comme nocive... Souvent, ces jeunes mères suivent un régime strict, se nourrissent uniquement des produits qu'elles jugent bons, fruits et légumes bio par exemple et jettent un regard très désapprobateur sur ceux ou celles qui mangent autre chose... Une attitude de "missionnaires" en sorte, persuadées d'avoir raison et élevant leurs enfants suivant leurs nouvelles convictions. Je me demandais comment ces enfants allaient s'insérer dans une société qui n'est tout de même pas aussi radicale.
Je suppose que, même si elle ne le dit pas parce qu'elle ne veut pas parler d'elle-même, Elisabeth Badinter a dû, comme moi, être interloquée par ce comportement.
La Leche League a publié un communiqué où elle tente d'expliquer qu'elle est seulement une association "d'aide à l'allaitement". Ce communiqué, selon moi, renforce la thèse d'Elisabeth Badinter. Pourquoi faut-il de l'aide pour allaiter ? Pourquoi ce prosélytisme qui fait que l'association organise des réunions d'allaitement public pour convaincre d'autres mères de la justesse de leur opinion ? Cela a pour le moins un aspect déplaisant.
Elisabeth Badinter rappelle aussi qu'on a parfois été très loin dans la justification de l'allaitement indispensable, allant même jusqu'à prétendre, que les enfants nourris au sein connaîtraient un meilleur développement cognitif, théorie revue heureusement par des scientifiques qui ont réhabilité le biberon.
Le discours naturaliste comme le qualifie Elisbeth Badinter, va plus loin. L'accouchement à domicile est aussi prôné comme meilleur que dans un hôpital. Or, nous savons tous que l'accouchement présente des risques, bien plus importants quand il se fait à domicile qu'à l'hôpital. Attaque aussi de la péridurale et invention de modes bizarres comme l'accouchement dans l'eau...
Autre reproche fait à l'auteur, elle ne parle pas des vrais problèmes : inégalité des salaires hommes/femmes, du partage des tâches ménagères, du temps partiel imposé aux femmes, du chômage plus important pour les femmes que pour les hommes. Elle en parle mais ce n'est pas le sujet du livre encore qu'en montrant comment la mère est appelée à ne plus s'occuper que de son bébé, elle met en danger son couple et est tentée d'abandonner sa carrière professionnelle. "On est passé de moi d'abord à l'enfant d'abord".
Autre aspect du livre, la politique de natalité en Europe. "Si plus d'un quart des Allemandes restent sans enfant, cela signifie qu'elles trouvent à se réaliser ailleurs que dans la maternité telle qu'on la leur impose. Pour l'heure, les Françaises ont échappé à ce dilemme de tout ou rien. Tiendront-elles tête aux injonctions des maternalistes soutenus par les plus respectables institutions ? jusqu'à quand sauront-elles imposer leurs désirs et leur volonté contre le discours rampant de la culpabilité ?"
On peut penser qu'en effet, la France comme la Belgique d'ailleurs, ont une politique qui vise à privilégier les crèches, l'aide aux mères plutôt qu'une allocation qui leur permettrait de rester chez elles plutôt que de travailler. Je pense qu'il est utile de poser la question de ce que souhaitent les femmes. Et c'est un débat difficile tant la vie professionnelle est dure, souvent peu valorisante pour les femmes, tentées de trouver leur épanouissement dans la maternité. Mais les féministes avaient souligné combien l'indépendance financière était importante pour la femme, seule condition pour pouvoir s'assumer après une séparation par exemple ou pour pouvoir fuir en cas de maltraitance. Cela reste vrai.
Autre aspect étudié par Elisabeth Badinter, le regard qui continue à être porté sur celles qui choisissent de ne pas avoir d'enfant ou remettent à plus tard la maternité pour privilégier leur carrière professionnelle. A plus tard, parfois trop tard. Ceci aussi demanderait un long débat car la question n'est pas simple : la contraception permet le choix, mais il est souvent bien difficile. Et la mère qui travaille supporte mal la double peine : travail professionnel, travail familial qu'elle est souvent seule à assumer.
Je pense aussi que le discours naturaliste dont parle Elisabeth Badinter a un pouvoir insidieux mais puissant. Certaines femmes rejettent la pilule, par crainte des conséquences. Rejet aussi des médicaments, choix, pas toujours raisonné, d'une certaine alimentation.
Plus anecdotique mais très médiatisé, la proposition écologique de revenir aux couches lavables ! De quoi sursauter. Je dirais comme Elisabeth Badinter : pourquoi plutôt ne pas essayer de trouver des couches biodégradables ?
Je terminerai par un autre étonnement que j'ai sur le comportement de la génération de mes filles : la confiance absolue qu'elles ont dans leur pédiatre alors qu'elles affichent souvent une méfiance vis-à-vis de la science. Les pédiatres ont-ils toujours raison ?
Nous pensions que nos filles seraient plus libres que nous ne l'avions été. J'ai parfois l'impression que les diktats de la société, de la publicité, pèsent lourdement sur elles. Mais je ne voudrais pas généraliser...
14:07 Publié dans Culture, International | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : élisabeth badinter, le conflit, allaitement, discours naturaliste, féminisme, la leche league
03/03/2010
IDENTITE WALLONNE.

Février a été un mois catastrophique qui a mis la Belgique sous le choc : Liège, Buizingen, Carrefour. C'est pourtant maintenant que Rudy Demotte a choisi de communiquer son idée d'une réflexion sur l'identité wallonne.
Alors que le débat sur l'identité nationale en France a suscité une réelle polémique, Rudy Demotte veut nous intéresser à l'identité wallonne. Le piquant, c'est Monsieur Philippe Destatte, directeur général de l'Institut Destrée, qui a explicité l'idée de Rudy Demotte dans l'émission Matin Première de la RTBF.
Jules Destrée, André Renard, me voilà replongée dans un passé que j'espérais, naïvement, oublié.
Déjà, le chat organisé par Le Soir avec Philippe Destatte a montré les réticences des citoyens qui ne se sentent pas wallons ou si on en croit un sondage, se sentent Belges avant d'être wallons, ou même Liégeois, Namurois ou Montois plutôt que wallons.
Dire "Wallonie" plutôt que "Région wallonne" n'est pas en accord avec la constitution. Les Bruxellois sont-ils "oubliés" ou priés de devenir wallons ?
Je crois me souvenir qu'un certain socialiste de Charleroi avait, il y a quelques années, eu la même idée et commis un livre que je n'ai pas retrouvé. Et José Happart n'avait-il pas rédigé une constitution pour la Région wallonne ?
Bon socialiste, Rudy. Il faudra attendre un peu pour en dire plus. Mais je me permets quand même de lui suggérer de lire "Les Identités meurtrières" d'Amin Malouf. On ne s'informe jamais assez.
16:32 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : identité wallonne, rudy demotte, constitution identités meurtrières
PIERRE ASSOULINE.

Pierre Assouline est né à Casablanca le 17 avril 1953. Ecrivain et journaliste, il est l'auteur de dix biographies et de cinq romans notamment La Cliente, Lutetia, Le Portrait. Il est actuellement chroniqueur au "Monde2" et à "L'Histoire", critique au "Nouvel Observateur", au "Magazine littéraire", au "Monde des livres." Il enseigne à Sciences Po depuis une dizaine d'années. En 2004, il a créé le blog "La République des livres" sur "Le Monde.fr."
J'avais beaucoup aimé "Lutetia", dont le titre est tiré de l'Hôtel Lutetia qui a, durant l'occupation, servi de siège aux Services secrets de l'état-major allemand, puis à la Libération, de lieu d'accueil des déportés et rapatriés. Par contre, je n'ai pas aimé "Le Portrait". L'idée originale est de faire parler la peinture d'Ingres, portrait de la baronne Betty de Rothschild. Mais, si le livre nous fait revivre une époque, l'accumulation de détails, de noms, suscite très vite l'ennui.
ROSEBUD.
Le livre est sous-titré "Eclats de biographies". Rosebud (bouton de rose) est le mot énigmatique que murmure Kane aux ultimes secondes de sa vie et qui se révélera être le nom que portait la luge de l'enfant qu'il fut, dans le film d'Orson Wells "Citizen Kane". Pierre Assouline l'utilise comme une métaphore : il s'agit d'un détail révélateur des failles et des secrets de chacun d'entre nous. L'auteur fera donc une autre biographie de Rudyard Kipling, Henri Cartier-Bresson, Paul Celan, Jean Moulin, Lady Diana Spencer, Picasso et Pierre Bonnard.
La "Duchess" de Kipling.
Pour Pierre Assouline, le "rosebud" de Kipling, est sa Rolls-Royce. En 1914, quand éclate la guerre, Rudyard Kipling est père de trois enfants. John, son seul fils, est âgé de dix-sept ans. Au moment où l'Angleterre déclare la guerre à l'Allemagne, Kipling a quarante-neuf ans. C'est un auteur célèbre, très populaire et ses livres ont connu un succès jamais démenti : "Le livre de la jungle.""Le Second livre de la jungle." Histoires comme ça". Son poème "Si" a marqué toute une génération : "Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie – Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir – Si ... qui se termine par le célèbre : Tu seras un homme, mon fils".
Pour Pierre Assouline, le poème va peser lourdement sur John, qui sera forcé de faire la guerre pour répondre aux souhaits de son père. Mais, John voit très mal et n'arrivera à rejoindre l'armée que très difficilement, sa vue est trop mauvaise pour un soldat. Il s'engage cependant et meurt au combat. Son père va, dans un premier temps, nier sa mort, puis se lancer dans la recherche de son corps pour lui donner une sépulture. Il va se culpabiliser, en devenir malade, se sentant responsable d'avoir envoyé son fils à la mort.
Le récit devrait être pathétique. Il n'en est rien. Pierre Assouline, ne voit en Rudyard Kipling, qui parcourt la France pour essayer d'identifier les inconnus, fournir des stèles, prononcer des discours, en deux mots enterrer et commémorer que le belliciste qui a envoyé des enfants au combat. Pas d'émotion dans ce récit et l'intitulé du chapitre "La duchess" m'a paru indécent.
Sous l'écharpe de Jean Moulin.
Pierre Assouline va s'intéresser au préfet, Jean Moulin, non au héros de la Résistance. Le rosebud de Jean Moulin est l'écharpe qu'il porte pour cacher la cicatrice qu'il a sur le cou, suite à un essai de suicide après les mauvais traitements infligés par les Allemands. De quoi s'agit-il ? Lors de l'arrivée des troupes allemandes dans son département, des enfants sont tués et la Wehrmacht veut faire endosser la responsabilité aux troupes noires de la "Coloniale" française. Ils attendent que le préfet confirme leur responsabilité en apposant sa signature au bas d'un protocole. Jean Moulin s'y refuse, n'accusant personne mais disculpant les tirailleurs sénégalais. A bout, après sept heures d'épreuve, jugeant que signer c'est se déshonorer, il tente de se suicider.
Pierre Asssouline va charger lourdement ce préfet, qui, resté à son poste pour protéger ses administrés, va, comme le demandent les Allemands, procéder au recensement des Juifs. L'auteur a des mots terribles : "Le fait est que le premier des résistants n'est pas le premier résistant" Ou encore : "Celui qui a refusé un faux dénonçant des Noirs accepte un vrai excluant des Juifs. La morale de la guerre serait-elle à géométrie variable ? Et "Moulin n'est pas antisémite, il est français." "Curieusement, celui qui choisit la mort volontaire plutôt que le déshonneur d'un préfet attend d'être dénoncé pour quitter son poste."
Ce récit aussi m'a mise mal à l'aise. Le biographe a le droit de rapporter des faits mal connus même s'ils nuisent à celui dont il établit la biographie. Certes, Pierre Assouline rappelle au début du chapitre le passé de Résistant de Jean Moulin : "l"icône d'un saint laïque". Mais il est clair pour lui que les quelques mois passés dans sa fonction de préfet pèsent plus lourd que son action dans la Résistance. Si je partage l'indignation de l'auteur pour les "crimes" commis contre les Juifs, j'ai eu l'impression qu'il ne cherchait pas, vraiment ou seulement, à rétablir une vérité peu connue de la vie de Jean Moulin.
Les chaussures neuves de Mr. Owen.
Il s'agit non d'une biographie de Lady Diana Spencer comme Pierre Assouline l'affirme mais uniquement du récit de la cérémonie de son mariage. L'auteur y assiste comme jeune journaliste. Mr. Owen se plaint de ses chaussures neuves qui lui font mal, d'où le titre. Un chapelet de critiques acerbes sur la population britannique. "Qui eût dit que l'on y trouverait l'âme d'un peuple jusque dans une paire de souliers..."C'est que même s'il n'est pas né, un Anglais demeure supérieur au reste de l'humanité, selon les Anglais." "Dans cette société, une faute de goût peut signer l'arrêt de mort d'une ascension sociale. On ne porte plus de chaussures marron dès la tombée du jour. C'est l'un des commandements secrets de tout gentleman." "... nul autre pays ne pratique avec autant de persévérance le culte des classes sociales." Etc, etc... si au moins c'était drôle !
Pierre Assouline écrit bien, c'est indéniable, mais aucune émotion, aucun humour, dans "Rosebud". Il transforme le bouton de rose en fleur fanée.
15:12 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rudyard kipling, jean moulin, lady di, éclats de biographie, guerres de 1914 et 1940, résistance





